The modern version of Euripides' classic drama, about the war, politics, personal sacrifices and consequences of our decisions.


YEAR OF PRODUCTION: 2005

COPYRIGHT: All rights reserved

TRADUIT PAR: Nicolas Raljević



d'après le texte d'Euridipe Iphigénie à Aulis


PERSONNAGES :

LE ROI AGAMEMNON

LA REINE CLYTEMNESTRE

IPHIGÉNIE

ACHILLE

LE MAJORDOME

PROLOGUE

LE MAJORDOME : Encore, encore et encore. Une mer d'huile. Pas un souffle de vent. Les bateaux attendent dans le port. Pour partir à la guerre. Une guerre juste pour la défense de la patrie. La puissante armée se tient prête. Mais, il n'y a pas le moindre souffle de vent. Déjà depuis cent jours. Ou plus. Je ne me souviens pas. L'armée enrage. Les citoyens enragent. Les hommes impatients veulent partir en guerre. Mais le ciel est contre nous.

Et le roi ? Il a longuement réfléchi comment amadouer le ciel. Et lorsqu'il lui a demandé ce qu'il voulait, le ciel lui a répondu : le sang sera versé. Et celui qui décide de verser le sang, doit donner son sang en échange. Le sang de son sang.

Il a passé de longues nuits sans sommeil méditant sur ce que le ciel avait voulu dire. Et alors il a compris.

Si tu veux partir en guerre, tu dois sacrifier ton enfant. Ta fille. Le sang de ton sang pour un souffle de vent.

Le roi s'est pétrifié d'horreur. Pendant des jours, il a fixé impuissamment son regard dans le lointain et prêtait l'oreille au vent. Mais du vent nulle part. Le bruit de l'armée est devenu de plus en plus fort. Le temps courait de plus en plus vite. Le roi est incapable ! Le roi nous a trahis ! Le roi est un lâche ! Le roi a longuement hésité. Il était irrésolu. Finalement, il a dit – oui. Je le ferai. Je sacrifierai ma fille pour cette guerre.

ACTE UN

Scène 1

LE ROI : Non ! Ce n'est pas correct. Ce n'est pas juste. Je ne le ferai pas !

LE MAJORDOME : Naturellement, votre Majesté. Vous avez raison. L'exécution d'un tel acte exigerait en vérité une force et une résolution surhumaines.

Quand je réfléchis bien, je ne connais que très peu d'hommes qui soient suffisamment forts pour quelque chose de la sorte.

LE ROI : Doutes-tu de moi ?

LE MAJORDOME : Votre Majesté, si vous permettez, vous avez toujours été d'une nature particulièrement sensible, tendre et délicate. Et vous n'avez notamment jamais aimé... les tâches désagréables.

LE ROI : Oui. Et cependant, vois ce que je suis devenu. Un roi.

LE MAJORDOME : Oui. Un roi. Et quel roi. Je me souviens de l'élection. Vous vous êtes battu comme un lion ! Je me souviens. Vous avez tenu un discours. Écarté les bras dans une attitude paternelle. Fait campagne intelligemment et habilement. Et vous avez réussi ! Vous avez toujours trouvé des façons de séduire. Vous avez serré les mains de ceux que vous atteigniez. Vous riiez, charmiez. Vous étiez l'ami de tous. Vous payiez des verres et de copieux dîners, même à ceux qui ne le voulaient pas. Ceux qui étaient contre vous. Vous avez promis monts et merveilles. En fin de compte, même vos adversaires ont changé de camp. Et évidemment, ils ont pensé que vous alliez les récompenser ! Mais un roi sage, ce que vous êtes, sait reconnaître les flagorneurs qui visent les profits matériels. Et une fois parvenu au sommet, vous avez changé de disque. Sa Majesté le roi ! Tout à coup tout à fait inaccessible. Derrière dix portes verrouillées. Comme vous avez bien accompli cela ! Je suis fier de vous.

LE ROI : Ce sont les mesures de sécurité. Le roi ne peut pas être la cible de n'importe quel imbécile.

(proclamation au peuple)

À cause de conditions météorologiques inadéquates, notre flotte ne peut aujourd'hui encore sortir du port. Mais, cela ne nous détournera pas de la réalisation de notre objectif final – que cette armée se lance à l'offensive et l'emporte ! Je vous donne ma parole que, comme le chef de ce pays, je prendrai toutes les mesures nécessaires pour que pas un agresseur ne menace notre territoire, notre liberté, notre prospérité et notre stabilité !

Silence.

LE ROI : Je ferais tout ce que j'ai promis. Si seulement il y avait du vent.

LE MAJORDOME : Bien sûr que vous le feriez, naturellement. Le ciel est coupable et cette exigence céleste vraiment désagréable. Le sang de son sang. C'est un trop grand sacrifice. Bien que, pour les grands hommes, aucun sacrifice n'est trop grand.

LE ROI : Tu veux me dire que je suis un lâche ?

LE MAJORDOME : Votre Majesté, que vous vient-il à l'esprit ?! Je veux seulement dire que votre situation est très complexe. Tout le monde comprendra si vous ne le faites pas. Vous êtes d'abord un père, et seulement ensuite un roi. Par ailleurs, pourquoi quelqu'un d'autre ne se sacrifierait-il pas ? Le sang doit être versé, mais il ne doit pas être le vôtre. Et que la terre s'occupe d'elle-même. En fin de compte, vous ne devez pas VOUS être roi.

LE ROI : Que je renonce ? Maintenant ?! Quand seulement un obstacle me sépare du sommet ? Puis-je seulement renoncer ? Les hommes attendent de moi que je les conduise à la guerre ! La terre attend de moi que je la sauve !... Que dois-je faire ?!

LE MAJORDOME : Vous le savez mieux que quiconque. Mais dépêchez-vous de vous décider. Votre fille se dirige déjà par ici.

LE ROI : Ma fille qui croit qu'elle va se marier avec Achille.

LE MAJORDOME : Ce n'est pas le cas ?

LE ROI : Non. Tout cela est une tromperie. Une simple mensonge, pour l'amener ici et la sacrifier. Achille n'en sait même rien.

LE MAJORDOME : C'est dangereux de jouer avec les sentiments des femmes.

LE ROI : Et que puis-je faire ?

LE MAJORDOME : Ce que vous croyez utile. Seulement, il n'est pas bon de changer trop souvent d'avis. Les hommes perdent confiance. Ils se retournent contre toi. Ils te retirent – le pouvoir.

LE ROI : Ciel, ciel ! Pourquoi me demandes-tu ce sacrifice ? Comment pourrais-je faire cela?Tuer ma propre fille ? Non, je ne le ferai pas !

LE MAJORDOME : Mais que vont dire les soldats quand ils apprendront que vous ne tuerez pas votre fille ? Ils veulent partir en guerre. L'armée est une bête sauvage et maléfique. Elle pourrait commencer à mordre. Se rebeller. Tourner les fusils dans la mauvaise direction. Contre le roi qui bat en retraite.

LE ROI : C'est vrai. Si je renonce, les soldats me tueront, et ma femme, et ma fille. Si je le fais moi-même, j'épargnerai au moins deux vies.

LE MAJORDOME : Et le pouvoir.

Silence.

LE ROI :

(proclamation aux généraux)

Généraux ! Il est temps que nous rompions cet état d'immobilisme insupportable. J'ai pris ma décision.

Silence.

LE ROI : Je le ferai. Ce grand sacrifice pour la patrie. Le roi – c'est moi. Le ciel a des comptes à me rendre. Il exige mon sang. Et je lui donnerai. Souvenez-vous de mon sacrifice. Et à présent – effectuons cette chose avec le moins de larmes possibles.

Scène 2

La porte s'ouvre. Clytemnestre et Iphigénie avec des valises entrent.

IPHIGÉNIE : Papa !

CLITEMNESTRE : Salut à tous ! Nous sommes arrivées !

LE ROI : Que fait-elle ici ?!

LE MAJORDOME : Je ne le sais vraiment pas...

LE ROI : Tu t'en occupes.

Le roi se retire pour se recueillir et achever sa toilette et il pousse le majordome vers la reine.

LE MAJORDOME : Mes respects, reine très chère. Permettez-moi de vous aider avec vos bagages. Vous ne avez vraiment apporté... beaucoup.

CLITEMNESTRE : Et que voudrais-tu ? Un mariage nous attend !

LE MAJORDOME : Vous avez tout à fait raison. Mademoiselle Iphigénie n'a jamais eu l'air plus belle.

IPHIGÉNIE : Merci.

CLITEMNESTRE : Et elle doit être belle. Elle se marie. C'est vrai que tout cela est un peu soudain...

LE MAJORDOME : Mais les surprises sont les choses les plus douces.

CLITEMNESTRE : Redresse-toi, ma fille, souris donc un peu. Qui te regardera ainsi ?

IPHIGÉNIE : Hélas, maman...

CLITEMNESTRE : Tu te comportes comme une enfant de trois ans, et non comme une jeune fille qui se marie. Assieds-toi ici, que maman t'arrange un peu les cheveux.

Le majordome range les bagages tandis que Clitemnestre sans relâche tire les boucles de cheveux.

CLITEMNESTRE : Et quelle est la situation ici ?

LE MAJORDOME : Un peu difficile, je dirais. Rien n'a changé. Il n'y a toujours pas de vent. L'armée est sauvage, provoque des désordres.

CLITEMNESTRE : Et mon cher époux est évidemment incapable d'imposer un peu d'ordre ?

LE MAJORDOME : Je n'utiliserais en aucun cas le mot incapable.

CLITEMNESTRE : Moi, si. Ainsi, ils s'amusent tous bien.

LE MAJORDOME : À part le roi.

CLITEMNESTRE : Lui n'a de toute façon jamais eu le sens de l'humour.

Iphigénie court se jeter dans les bras du roi.

IPHIGÉNIE : Papa !

CLITEMNESTRE : Cher époux, comme c'est bon de te voir après de longs mois de séparation !

LE ROI : Quelle est la situation à la maison ?

CLITEMNESTRE : Mieux qu'ici, c'est certain.

LE ROI : Tu es à peine arrivée, mais tu sais naturellement mieux que personne comment c'est ici.

CLITEMNESTRE : Qu'y puis-je puisque je conclues vite.

LE ROI : Oui, c'est une particularité incurable.

IPHIGÉNIE : Papa, maman ! S'il vous plaît... Je veux qu'aujourd'hui nous soyons tous de bonne humeur. Je ne me marie qu'une fois ! Papa, tu ne m'as même pas regardée ! La robe te plaît, n'est-ce pas ? Elle est magnifique, magnifique, n'est-ce pas ?

Le roi se retire devant Iphigénie.

Scène 3

IPHIGÉNIE : Papa ! Que t'arrive-t-il ?

LE ROI : Je suis fatigué.

IPHIGÉNIE : Mais maintenant, c'est moi qui suis arrivée. Raconte-moi une histoire !

LE ROI : Maintenant ?

IPHIGÉNIE : Oui ! Allez ! Juste une histoire !

LE ROI : Bon. Sur quoi ?

IPHIGÉNIE : À propos d'un roi. Un héros.

LE ROI : (il commence)... Oh, je ne peux pas !

Silence.

IPHIGÉNIE : Pourquoi ne peux-tu pas ?

LE ROI : Ce ne sont que des bêtises. Ces histoires de rois héroïques.

IPHIGÉNIE : Avant, tu ne pensais pas cela.

LE ROI : Les héros, ma fille, n'existent pas.

IPHIGÉNIE : Mais toi, tu es un héros. Le chef de ce pays.

LE ROI : Ou son esclave ?

IPHIGÉNIE : Papa, que t'arrive-t-il ?

LE ROI (il étreint fermement Iphigénie et la berce comme si elle était enfant et lui chantait une berceuse) Chut. Ma petite fillette. Ferme juste les yeux. Et ne t'inquiète pas. Dors. Dors.

Ainsi enlacés, ils se taisent quelque temps.

IPHIGÉNIE : Je me marie.

Silence.

LE ROI : Tu pars.

IPHIGÉNIE : Toi aussi, tu pars. À la guerre.

LE ROI : Si j'avais su que j'allais te perdre aussi vite, tout serait totalement différent. Je n'aurais jamais dépensé tout ce temps au travail. Je me serais juste assis dans le jardin et t'aurais raconté des histoires. Ô Dieu, tu me manqueras !

IPHIGÉNIE : Que dis-tu ? Nous avons encore le temps. Je viendrai souvent. Tu vas gagner cette guerre et tu rentreras à la maison. Promets-le moi.

LE ROI : Ne promets jamais rien à personne. Car les hommes attendent de toi que tu sois cohérent. Et que tu sois courageux. Et que tu sois cruel, de n'importe quelle sorte. Juste pour que tu remplisses tes promesses !

IPHIGÉNIE : Papa, j'ai peur de toi quand je te vois ainsi.

LE ROI : Moi aussi, j'ai peur. Il ne reste encore que si peu de temps.

Ils demeurent assis enlacés.

Scène 4

Clitemnestre, arrangée à la meilleure façon d'une reine, s'approche et étreint e roi. Le majordome, à moitié dissimulé à leurs regards, fait le ménage.

CLITEMNESTRE : Tu sais, tu m'as manqué. Je suis contente d'être arrivée.

LE ROI : Un camp militaire n'est peut-être pas le meilleur endroit pour une rencontre familiale.

CLITEMNESTRE : Tout de même... Je n'aime pas dormir seule.

LE ROI : C'est ainsi quand ton mari est roi.

CLITEMNESTRE : M'en suis-je un jour plaint ?

LE ROI : Non.

CLITEMNESTRE : Tu m'as juste manqué.

Clitemnestre tente d'intéresser le roi, mais cela ne lui réussit pas.

CLITEMNESTRE : Pourquoi es-tu ainsi ?

LE ROI : Comment ?

CLITEMNESTRE : Froid.

LE ROI : Femme, laisse-moi. Je suis fatigué.

CLITEMNESTRE : La guerre est un sport pénible, hein ? Mais bientôt tu partiras et tu ne seras plus là, qui sait combien de temps. Iphigénie va se marier. Et moi, je resterai totalement seule.

LE ROI : Moi aussi, je serai seul. Dans quelque tente, entouré de soldats.

CLITEMNESTRE : Tu as choisi de faire la guerre.

LE ROI : Finalement, nous demeurerons tous tout à fait seuls. Sans amour, sans enfants, sans famille, sans paix...

LA REINE : Et sans le temps. Nous n'aurons plus le temps de faire quoi que ce soit.

Silence.

CLITEMNESTRE : Comment est-il ? Ce jeune lieutenant Achille ?

LE ROI : Le plus courageux, le plus intelligent et le meilleur l'homme dans l'armée. Une personne qui a ma plus grande confiance. Celui-là ira loin.

CLITEMNESTRE : Un homme sans défauts.

LE ROI : Je ne pouvais pas en trouver de meilleur. Et un bel événement comme un mariage et une grande fête est nécessaire à l'armée pour apaiser toute cette tension.

Bon... Tu l'as amenée, tu t'es occupée de tout.. Et, ma chère reine, tu peux à présent rentrer à la maison. Le majordome apportera ses bagages.

CLITEMNESTRE : Pardon ?! Que le mariage de ma fille se passe sans moi ? Cela ne me vient pas à l'esprit.

LE ROI : Mais chérie, cela ne sera qu'une petite cérémonie. Il faut régler l'affaire au plus vite et nous partons ! À la guerre ! Pardieu, c'est une armée !

CLITEMNESTRE : Tu es complètement fou si tu crois que je vais accepter cela. Peu m'importe l'armée !

LE ROI : Ne sois pas têtue... Il est inconvenant que tu sois là-bas avec ces soldats barbus et grossiers...

CLITEMNESTRE : Je reste ici. Au mariage de ma fille. Je suis sa mère. Ou t'imagines-tu pouvoir me l'interdire ?

Silence.

LE ROI : Maudite ! Que puis-je faire ? Que quelqu'un me dise ce que je dois faire à présent ?

LE MAJORDOME : Les femmes. Leur plus grande vertu est de savoir quand se retirer.

Silence. Un long soupir du roi.

LE ROI : Ne laisse personne m'approcher. Et particulièrement la reine. Fais ce que tu sais et veux, mais ne laisse personne venir à moi. C'est clair ?

LE MAJORDOME : Bientôt. Le moment approche. Le temps s'écoule. Je vois déjà. Les soldats et leur corps à terre. Éventrés. Les yeux vitreux. Les os broyés. Les soldats pillent. Il frappent et tuent tout ce qui est vivant et qui bouge. Des cris d'horreur. Le sang chaud répandu et la terre rouge qui l'a bu. Celui qui tue doit donner le sang. Le sang pour le sang. Bientôt. Le moment se rapproche. Le temps s'écoule.

ACTE DEUX

scène un

ACHILLE : Eh ! Y a-t-il quelqu'un ? Les gardes ? Je suis venu pour une affaire officielle ! Je dois parler avec le roi ! Les hommes s'insurgent ! Il y a eu des désordres ! Ils veulent partir en guerre ! Où est le roi ?

CLITEMNESTRE : Jeune guerrier, peut-être puis-je t'aider ?

ACHILLE : Tu peux certainement m'aider. Si ce n'est pour rien d'autre, demeure juste ainsi devant moi, et tu m'as déjà beaucoup aidé.

CLITEMNESTRE : Bien...

ACHILLE : Quelle beauté ! Digne d'une reine.

CLITEMNESTRE : Je le suis.

ACHILLE : Tu l'es vraiment. Dans mon cœur. Il n'y en a pas beaucoup qui sont parvenues à conquérir ce trône.

CLITEMNESTRE : Allons donc... Es-tu au moins aussi courageux que tu es beau-parleur ?

ACHILLE : L'homme le plus courageux de cette armée. Le bras droit de notre roi.

CLITEMNESTRE : Je m'étonne que nous ne nous connaissions pas. Mais il y a le temps. Tu dis que tu es le bras droit de mon mari...

ACHILLE : Ton mari... Le roi ? La reine ?!

Clitemnestre tend gracieusement la main pour un baiser.

CLITEMNESTRE : Ne n'aime pas trop me servir de ce titre.

ACHILLE : Oh ! Pardonnez-moi... ma maladresse. Vous savez comment nous sommes, nous autres soldats. Je suis gêné.

CLITEMNESTRE : Il n'y a pas de raison. Les reines sont là pour pardonner. Et qui es-tu, jeune héros ?

ACHILLE : Le lieutenant Achille.

CLITEMNESTRE : Achille ! Tu es celui-là ! Mon nouveau fils !

ACHILLE : Fils ? Je préférerais être un cousin éloigné. Ou le meilleur ami.

CLITEMNESTRE : Assez plaisanté. Viens que je t'embrasse, mon gendre !

ACHILLE : Ce baiser ne me déplaît pas, mais vous m'avez confondu avec quelqu'un d'autre, ma reine.

CLITEMNESTRE : Comment cela confondu... Es-tu ivre ? Tu as enterré ta nuit de garçon ? Ne crains rien. Ma fille te sera une bonne épouse.

ACHILLE : Mais, ma reine, je n'ai pas même pensé l'épouser.

CLITEMNESTRE : Quelqu'un t'y aurait-il obligé ?

ACHILLE : Non. Seulement, je ne sais rien de tout cela.

CLITEMNESTRE : Le roi a dit que je conduise ma fille ici. À la noce. Avec toi. Ou bien as-tu osé changer d'avis au dernier moment ?

ACHILLE : Je le jure, je ne sais vraiment rien de tout cela. Moi, me marier. Belle reine, regardez-moi. Je ne peux pas rester longtemps à la même place, du moins pour l'instant.

CLITEMNESTRE : Écoute-moi, papillon ! Cela suffit. Nous avons gentiment discuté, tu t'es aussi un peu emporté, mais veuille à présent devenir sérieux. Tu parles avec la reine. Aujourd'hui a lieu ton mariage avec ma fille !

ACHILLE : Ma reine, avec le respect que je vous dois, il n'y a aucune chance que j'épouse votre fille. Je ne prévois pas de me marier.

CLITEMNESTRE : Attends un peu... Tu crois que je permettrais que ma fille, tu la laisses devant l'autel ?! Tu te maries ! De gré ou de force. Et à présent, va-t'en !

La reine furieuse, la figure de glace, ouvre la porte, et le confus Achille n'a rien d'autre à faire que de sortir.

Scène 2

LE MAJORDOME : Ma reine. Ne vous en prenez pas à notre pauvre lieutenant.

CLITEMNESTRE : Bellâtre arrogant et orgueilleux ! Il s'imagine que toutes vont tomber à ses pieds parce qu'il est beau, jeune, courageux... ?

L'insolent.

LE MAJORDOME : Votre évaluation n'est pas tout à fait fausse, mais cette fois ce n'est vraiment pas lui le coupable.

CLITEMNESTRE : Mais alors qui est coupable ? Que se passe-t-il ?

LE MAJORDOME : Je crois que je peux vous donner la réponse à ce mystère.

CLITEMNESTRE : Parle !

LE MAJORDOME : Naturellement, vous savez qu'un serviteur doit toujours être fidèle à son maître.

CLITEMNESTRE : C'est exact. Mais aussi à sa maîtresse.

LE MAJORDOME : Et qu'il doit garder ses secrets même quand ils sont honteux et désagréables.

CLITEMNESTRE : Si cela n'apporte de malheur à personne.

LE MAJORDOME : C'est exact. Mais les circonstances sont, à tout le moins, difficiles. Le pays est prêt à la guerre, mais il n'y a pas de vent. Le ciel demande son dû. L'affaire est confidentielle. Du plus grand intérêt de l'État. En fait, un secret d'État.

CLITEMNESTRE : Parle une bonne fois.

LE MAJORDOME : Iphigénie doit mourir.

CLITEMNESTRE : Pardon ?!

LE MAJORDOME : Le ciel a parlé. Le pays le veut ainsi. Et les généraux et les hommes. Et l'armée. Le sang de son sang pour un souffle de vent.

CLITEMNESTRE : Comment cela ?!

LE MAJORDOME : L'exigence du ciel lui-même. Sinon, l'armée ne partira jamais à la guerre.

CLITEMNESTRE : Et lui a décidé de faire cela ?! Il a vraiment décidé de faire cela ?

LE MAJORDOME : Croyez-moi, ma reine, c'est le cœur lourd qu'il a cédé à cet acte cruel.

CLITEMNESTRE : Tu mens ! Cela ne peut être la vérité !

LE MAJORDOME : Si vous préférez, vous pouvez attendre et vous en convaincre par vous-même.

CLITEMNESTRE : Maudit, vil menteur ! Ainsi, tout cela n'était qu'une farce. Et le mariage avec Achille et toutes ses promesses. Il m'a trompée et obligée à mener ma fille ici. À la mort. Je le tuerai !

LE MAJORDOME : Toute cette histoire a pris des proportions tragiques.

CLITEMNESTRE : Je le tuerai ! Que quelqu'un seulement ose s'approcher d'elle ! Le l'étranglerai ! Je le grifferai jusqu'au sang ! Je le tuerai de mes mains nues !

Le roi entre.

La reine se précipite sur le roi, mais lui la frappe, la jette au sol et s'en va.

CLITEMNESTRE : Tu veux la tuer ?! Plonger un couteau dans le cou de ta fille ?! Je t'étranglerai ! Animal ! Animal !

(Au majordome) Laisse-moi !

Que dois-je faire ? Que dois-je faire ? Il va venir la chercher ! Il n'y a personne pour nous protéger ! Qui nous aidera à présent ? Existe-t-il seulement un homme qui a encore un cœur ?

LE MAJORDOME : Hum. Bonne question.

CLITEMNESTRE : Achille ! Il est courageux ! Il nous aidera ! Cours ! Appelle-moi Achille !

Scène 3

Le majordome introduit Achille qui observe avec curiosité Clitemnestre qui, harassée et affolée, s'est pelotonnée au sol.

ACHILLE : Ma reine ?

CLITEMNESTRE : Sais-tu ce qui se prépare ?

ACHILLE : Je viens juste de l'apprendre. Ils montent déjà l'autel sur la plage. Ils ont allumé le feu et aiguisent les couteaux. Et entend déjà le vent.

CLITEMNESTRE : Achille ! Aide-moi ! Sauve mon enfant !

ACHILLE : Moi, que je vous aide ?

CLITEMNESTRE : Toi ! Oui ! Toi ! Toi seul peux m'aider ! Que s'est-il passé ? Quel est cette obscurité, cette furie dans laquelle nous sommes tous tombés ? Je la perdrai ?! Je ne peux pas le supporter !

ACHILLE : Ma reine, je regrette. Je ne sais pas quoi dire. Je ne suis pas ici pour répondre aux questions.

CLITEMNESTRE : Et pourquoi es-tu là ? Toi et ton courage et cette réputation de héros qui t'accompagne ?

ACHILLE : Ma reine, je suis un simple lieutenant. Je n'ai pas la moindre charge ni le moindre pouvoir... Je suis ici pour obéir aux ordres.

CLITEMNESTRE : Et tu les exécuteras ? Aveuglément ?... Où suis-je ? Qui sont ces hommes autour de moi ? Vous avez des yeux de serpents et les dents de bêtes fauves ! Existe-t-il dans ce monde quelqu'un de bon, quelqu'un de courageux ?! Achille ! Dis-moi ! Regarde-moi dans les yeux ! Jusqu'où es-tu courageux ? Jusqu'où es-tu fort ?

ACHILLE : La réputation de mon courage est parvenue plus loin que mes pas.

La reine se jette à genoux.

CLITEMNESTRE : Achille ! Demande ce que tu veux ! Je te donnerai tout, je te ferai tout, prends ce que tu veux, sauve seulement ma fille !

Silence.

ACHILLE : Ma reine, levez-vous. Essuyez vos larmes. Je me tiendrai à votre côté. Du côté du bien. Celui qui ose toucher votre fille tombera raide mort ! Je n'ai jamais été le serviteur de personne. J'ai mon propre esprit, quoi qu'en disent ceux qui me méprisent. Et je n'écoute pas aveuglément les ordres d'autrui même si ce sont ceux du roi.

LE MAJORDOME : Hum. De grandes paroles. Qui sait ce que valent ses actes ?

Scène 4

Achille s'approche d'Agamemnon.

ACHILLE : Vous ne pouvez pas faire cela !

Silence.

ACHILLE : Je ne le permettrai pas !

Silence.

Achille : Mon roi...

LE ROI : Si j'avais un fils, j'aimerais qu'il soit comme toi.

ACHILLE : Alors je vous supplie, comme un fils, comme votre lieutenant le plus courageux...

Silence.

LE ROI : Imagine que tu sois chef. Peux-tu l'imaginer ?

Silence.

LE ROI : Imagine. Tu es chef. Ton portrait est dans des tableaux dans toutes les maisons, ta voix est dans chaque oreille. Tu es le bien commun car ils t'ont choisi. Pour que tu sois leur chef.

Tu te tiens au sommet. Au-dessus de tous. Toi. Seul. Complètement, indescriptiblement, irrémédiablement seul. Car personne n'est toi.

Ils te regardent. Tu n'entends pas leurs paroles. Tu es trop loin. Mais tu sais ce qu'ils veulent. Ce qu'ils attendent. Comme des petits enfants, ils saisissent ton regard, pleins d'espoirs, de désirs, pleins de foi, de peur. Tu ne peux pas tourner la tête. Tu le voudrais, mais tu ne le peux pas. Des mains te retiennent et des voix te chuchotent : mais tu ne peux pas leur faire cela ! Tu ne peux pas les trahir ! Regarde-les ! Ils t'ont donné leur confiance ! Mais toi, que leur donneras-tu ? Ils t'ont dit : sois notre père. Mais toi ? As-tu oublié ce qu'est le devoir ? Non. Tu es le père d'un peuple. Tu dois être un chef.

Ils continuent à te fixer des yeux. Sous leur regard enfantin, amoureux se trouve une cruauté comme tu n'en as jamais connue. Et alors – tu comprends. Tu n'as nulle part où aller. Tu dois le leur donner

Silence.

ACHILLE : Avez-vous déjà tuer un homme qui se tenait devant vous, les yeux dans les yeux ?

LE ROI : Non, Achille. Mais tous les jours, je me trouve les yeux dans les yeux avec la mort. Je la regarde, je vis avec elle, car je décide de la vie et la mort. Les autres ne sont que les exécuteurs de mes décisions.

ACHILLE : Comment pourrez-vous demeurer ici ? Au sommet ? Si vous la tuez. Le sol ne se dérobera-t-il pas sous vos pieds ?

LE ROI : Tu es un soldat. Que veux-tu encore devenir ?

Silence.

LE ROI : Le plus courageux, le meilleur et le plus grand entre tous. Un jour, un général. Un autre jour, le plus grand général entre tous. Un chef. Ce que je suis maintenant.

Silence.

LE ROI : Et tu crois que tu le pourras ?

ACHILLE : Je l'ai cru toute ma vie. Et je le crois toujours.

LE ROI : Achille, ne comprends-tu pas ? Un chef. Tu dois être courageux. Mais les autres aussi sont courageux. Tu dois être fort. Les autres aussi sont forts. Peut-être même plus forts que toi. Sagé. Il y a encore d'autres sages. Juste. Il existe aussi des juges justes. Mais, comprends-tu vraiment quelle est la différence entre celui qui veut être chef et celui qui le deviendra aussi ?

Silence.

LE ROI : Le sacrifice. Chaque chef au monde a dû sacrifier quelque chose. Ne comprends-tu pas ?! Cela est une épreuve. Jusqu'où es-tu courageux ? Jusqu'où es-tu fort ? Tu crois que tu peux tuer ? Tu crois que tu peux supporter cette guerre ? Comment, si tu ne peux supporter ce sacrifice ?

Mon fils, ceci n'est pas un jeu pour les petits enfants. Ceci est une guerre pour les grandes personnes. Tu es un soldat. Tout comme moi. Cesse de pleurer. Ferme ton cœur. Nous partons en guerre.

Silence.

ACHILLE : Mon roi....

Silence.

ACHILLE : Ô Dieu ! Je regrette ! Je suis si sacrément désolé ! Vous avez raison.

Le roi sort une médaille de général et la met sur la poitrine d'Achille.

LE ROI : Tu es né pour être grand. À présent, je peux dire – tu le seras. À partir d'aujourd'hui – un général. Un jour, un chef. Le roi.

LE MAJORDOME : Le moment approche. Le temps s'écoule. La couronne royale devient lourde comme du plomb. Qui aurait dit que la gloire pouvait être aussi amère ? Mais, voilà, le monde est ainsi. Ce sont les désirs humains qui le gouvernent. Et celui qui pense autrement se trompe. Quel Dieu, quelle vertu ? Mais je vous en prie, qui croit encore en cela ? Dieu est mort. Le bien n'a jamais non plus existé. Nous le savons tous, les hommes sont mauvais. Et le monde va devenir le Mal.

ACTE TROIS

Scène 1

Clitemnestre à terre, hirsute et frénétique. Silence.

CLITEMNESTRE : Quand je t'ai rencontré, tu étais maigre et antipathique, mais il y avait en toi quelque chose d'excitant. Tu étais sur le chemin qui mène au sommet. Je t'ai désiré. Ton cœur, ton enfant et ton chemin. Tu t'es jeté sur moi et je t'ai laissé me prendre la même nuit. Tu as tenu ma tête entre tes mains et tu savais - tu m'a trouvée. La femme qui allait te donner le sang.

Tu étais mon roi. Et je t'ai donné mon sang. Notre fille. Mais tu voulais beaucoup, beaucoup plus. Tu étais sur le chemin qui mène au sommet.

Mon lit vide et froid dans lequel je t'attendais chaque nuit avait besoin de toi ! Mes larmes ! Je les essuie avec ta chemise qu'en cas de besoin je garde toujours près du lit. Il y a longtemps que tu n'as pas dormi dedans car tu es sans cesse sur la route.

J'ai courbé le dos. Chéri, grimpe. Je serai ta reine. J'ai attendu, attendu et finalement... Mon mari – le roi. Toi et moi. Nous tenons notre petite fille par la main. Elle a tes yeux. La vie a du sens. Nous sommes au sommet !

Comme tu m'as trompée ! Comme je me suis trompée ! Le sommet est là et tu est dessus – seul. Tu n'as plus besoin de moi. Eh bien, j'ai accepté. J'ai accepté l'accueil officiel, les soirée officielles, l'ouverture de nouvelles autoroutes, le secours des enfants handicapés, la présidence dans les fondations pour les pauvres, aux chauffeurs et aux gouvernantes, j'ai accepté un lit vide, j'ai accepté seulement parce que je l'avais – elle. La seule chose que tu m'aies jamais donnée. La seule chose que j'ai aimée quand j'ai cessé de t'aimer. Mais mon cœur ne suffisait pas. À présent, tu veux prendre aussi le sang de mon sang. Eh bien, je ne le donne pas !

Tu me répugnes ! Tu me donnes envie de vomir ! Je te hais !

Tu crois me connaître ? Pour le meilleur et le pire, jusqu'à ce que la mort nous sépare ? Garde-toi de moi ! Si tu fais cela, tu me découvriras comme tu ne m'as jamais connue. Si tu répands mon sang, tu me le payeras de ton sang ! Ne fais pas cela !

Silence.

LE ROI : Je le dois.

Silence.

IPHIGÉNIE : Papa !

Silence.

IPHIGÉNIE : Est-ce la vérité ?... Oui. C'est la vérité. Papa ?

Je devais me marier aujourd'hui. Je devais quitter cette maison et commencer – une nouvelle vie. Et je n'en pouvais plus d'attendre ce jour ! Ne te fâche pas, j'aime cette maison, mais j'étais ici tellement inactive!et le rire a disparu du palais. Toujours seule. Pas même un visiteur. Tout est insensé. Et tout à coup – c'en est fini de ces heures continues d'ennui ! Je me marie ! La vie commence enfin ! Tous mes vœux se sont réalisés, comme dans un film ! Peut-être pas encore la dernière volonté : que nous ayons encore un peu de temps. Toi et moi.

Je veux être encore un peu avec toi. Je veux que tu t'occupes de moi comme si je n'avais pas encore commencé à marcher, que tu sois juste à moi, que tu ne doives aller nulle part, que tu ne te presses nulle part. Les amis peuvent cesser de t'aimer, les amours peuvent cesser de t'aimer, tout disparaît, mais seuls toi et moi, mon papa, l'unique qui m'aimera pour toujours ! Comme personne ne m'aimera jamais !

Et maintenant ? Que se passe-t-il maintenant ? De tous les hommes, justement toi ? Tu m'as donné la vie. À présent, tu me la prends ? Tu interromps mon rêve ?

Rien de tout cela n'arrivera ? C'est cela ? La vie ? Et elle s'arrête là ? Je ne verrai plus jamais le soleil ? Je ne me baignerai plus dans la mer ? Je n'aurai ni mari ni enfants ? Je ne te verrai plus jamais non plus ?

Papa, regarde-moi. Je ne sais pas être une héroïne. Je ne suis pas si forte. Je veux juste vivre. Ne fais pas cela. Ne me tue pas, papa. Je ne veux pas grandir si vite !

Silence.

LE ROI : La guerre ne peut pas commencer sans toi.

Scène 2

On entend à l'arrière les voix du roi et de la reine, le tapage des voix humaines ? Iphigénie s'approche du microphone.

IPHIGÉNIE : Ch... ch... un, un... on entend ? Je voudrais dire quelques mots. Excusez ma maladresse. Je n'ai pas l'habitude de paraître en public. C'est la première fois.

Silence.

IPHIGÉNIE : Je suis Iphigénie. La princesse Iphigénie. Vous ne me connaissez pas, personne ne m'a présentée, mais je suis sûre que vous savez qui je suis. Cela me fait plaisir que nous nous rencontrions, au moins de cette manière.

Toute la vie, je me suis assise dans ma chambre. Entourée de gardiens. J'attendais de grandir. J'ai obtenu tout ce que je voulais, et personne ne me demandait rien. J'étais une princesse.

J'ai imaginé mon avenir. Devant moi, toutes les routes étaient ouvertes et je me suis satisfaite également de tout le monde. J'ai attendu et espéré que le destin me réserve quelque chose de grand et de beau. Peut-être un héros pour mari ? Peut-être un fils plus grand que mon père ? Non. À présent, je vois tout clairement. Il n'existe qu'une route pour moi. Le destin m'a réservé quelque chose de plus grand. À moi. À moi et à personne d'autre.

Un cri n'est pas nécessaire. J'ai compris. Mon pays a besoin de moi. Et toi aussi tu as besoin de moi, papa. Tu as besoin de moi, je le sais. Je t'entends, tu m'appelles. Ne crains rien. Je ne baisserai pas la tête. Je ne fuirai pas. Je t'aime trop. Personne ne te fera rien de mal. Vous aussi vous avez besoin de moi. Vous ne pouvez rien sans moi. Y a-t-il un meilleure chose ? Être utile à quelqu'un ? J'aime pour la première fois de ma vie. Et c'est pourquoi – ne me prenez pas, je m'offre moi-même. Y a-t-il un acte meilleur que le don ? Ceci est mon pays et je vous donnerai mon sang.

J'ai décidé. Je mourrai. Dignement. Avec joie. (Pour la patrie)

J'entends le vent. Le ciel se prépare déjà. Pour nous conduire à la guerre. Le temps est écoulé.

Silence.

ÉPILOGUE

LE MAJORDOME : Le vent... J'entends le vent. J'entends le vent. J'entends le vent ! Et les voix ! Les hommes hurlent de bonheur ! Les soldats courent vers le port ! Ils saisissent les armes ! Les voiles se lèvent ! Les cordages rient ! Les ancres dansent ! Le départ ! Le départ ! Nous partons en guerre !

À la guerre. Je la vois. La ville en ruine. Les maisons coupées en deux qui étaient autrefois des foyers. Les champs brûlés. La fumée empoisonnée. La puanteur. Les bûchers des hommes. Les cris et les lamentations. Le sang chaud, répandu, est absorbé dans la terre surprise, qui semble se demander – cela est-il la fin ?



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